La Pyrénéenne, c’est reparti !

La Chèvre des Pyrénées

Notre patrimoine biologique environnant est gravement atteint par une diminution constante des variétés. Pire, des espèces tant animales que végétales ont déjà disparu, d’autres sont condamnées, d’autres, sur le fil du rasoir, rassemblent leurs dernières ressources de survie. La science jusqu’ici a essentiellement assisté l’industrie agro-alimentaire dans une optique de production quantitative, délaissant souvent l’immense majorité de nos variétés cultivées, élevées. Les « brevets » et autres « licences » de tout ordre, sources de revenus, ne sont pas étrangers au phénomène. Ne voit-on pas une seule variété de riz produire à elle seule 80 % de la production mondiale !

Pour un peu, la race bovine des Flandres néerlandaises, la Pie noire « Holstein », effaçait à elle seule nos valeureuses « Vosgiennes » et nombre d’autres races locales, si l’on n’y avait pris garde à la fin du siècle dernier ! Heureusement aujourd’hui on voit aussi la « Mirandaise », race à viande, retrouver sa place naturelle dans sa Gascogne natale…

Notre profession a tout lieu de se réjouir d’une renaissance de la race caprine « Pyrénéenne ».

La Chèvre des Pyrénées

Avec un peu de chance on pourra lui restituer un capital suffisant pour restaurer la dizaine de souches connues et remplacer ainsi les « Saanen » suisses et autres « Alpines » transplantées au siècle dernier en nos contrées. Notre race régionale est d’une ruralité bien avérée : ses longs poils unis ou de couleurs bigarrés, avec une prédominance unis noirs, assortis aux cornes bien ancrées, développait jadis ses qualités de diverses façons. Son rôle principal était d’accompagner en petit nombre les grands troupeaux de brebis en estive pour fournir un lait précieux aux bergers, car les brebis sont gestantes en cette période estivale. D’autres parcouraient les villes de France pour assurer un lait précieux aux habitants, avec des chevriers souvent Béarnais, toujours obligeants, qui trayaient leurs bêtes directement sur la rue devant les ménagères ; ne comptait-on pas plus de 1500 chèvres « Pyrénéennes » dans les rues de Paris en l’an 1900 !

"Les petits métiers parisiens : le Chevrier" (Coll. JN Passal). La traite se faisait sur place, devant le client

D’autres allaitaient leurs chevreaux pendant 3 mois puis produisaient un lait abondant pour la fabrication de Tomes, toutes aussi différentes que nous comptons de vallées.

Voilà donc une heureuse renaissance. Notre belle région participe à ce renouveau et à la fromagerie nous sommes fiers de pouvoir vous proposer des fromages, fruit de ce travail sur notre seule race caprine locale.

C’est ainsi une belle histoire qui fait chaud au cœur, vérifiant la loi du balancier enracinée dans notre univers : aux excès succèdent les privations, les raretés engendrent une puissance de régénération vitale ; bref, notre vie est rythmée par des soubresauts, des flux et des reflux, des joies et des peines !

Voila comment nous pensons que « l’Esprit du Fromage » s’en trouve grandi.

(Edito de Xavier, sept 2009)


Quelques informations…

La chèvre des ¨Pyrénées

La chèvre de race pyrénéenne est une chèvre autochtone, à poil long souvent noir, sobre, résistante et parfaitement adaptée à la montagne, qui peuplait traditionnellement toute la chaîne, du Haut Conflent aux Pyrénées-Atlantiques. Elle était réputée pour la richesse de son lait et l’aptitude laitière de certaines de ses souches.

La population de chèvres des Pyrénées est passée de 70 000 caprins en 1852 à 50 000 en 1957, avant de s’effondrer au cours des 50 dernières années. Suite à l’exode rural, à l’élimination des chèvres dans les zones forestières, et à la concurrence des races sélectionnées (Alpine, Saanen), la chèvre des Pyrénées était considérée comme quasiment disparue. Après différentes actions initiées par les Conservatoires régionaux au début des années 90, quelques éleveurs se sont structurés en association pour s’atteler à la sauvegarde de cette race : à ce jour, 2 800 chèvres et 225 boucs sont recensés, dans 185 élevages.

La Chèvre des Pyrénées

Extrêmement rustique, la race chèvre des Pyrénées est parfaitement adaptée aux territoires de montagne. Habituée aux parcours accidentés et difficiles, elle entretient et participe à la valorisation et à la sauvegarde de ces espaces, tout en générant des produits de qualité, et très diversifiés (chevreaux vendus à Pâques ou à la descente d’estive, fromages fermiers à pâte lactique ou tommes des Pyrénées, pures ou en mélange).

L’intérêt de préserver spécifiquement la Chèvre de race pyrénéenne est donc multiple : socio-économique (production de chevreaux et de lait/fromages, diversification des exploitations), environnemental (entretien de zones marginalisées menacées par la friche, biodiversité), culturel (race à fort caractère patrimonial).

En 2004, les éleveurs ont souhaité se structurer : l’association « La Chèvre de race pyrénéenne » s’est donc créée, avec l’ambition de sauvegarder et de développer cette race à caractère patrimonial :

La Chèvre des Pyrénées

mettre en avant la chèvre de race pyrénéenne comme support de développement durable en montagne, afin d’assurer sa préservation et une valorisation économique optimum de ce patrimoine.

Avec tous nos encouragements et notre soutien, nous saluons cette brillante et courageuse initiative : bravo, et merci, pour tous !


En savoir plus : site de l’association ’La Chèvre de Race Pyrénéenne’

Logo de l’association La Chèvre des Pyrénées